Populisme, confiance et immigration
Le 19 mars 2026

Partout dans le monde, les démocraties libérales font face à des défis complexes qui remettent en question leur capacité à élaborer et à appliquer des politiques publiques efficaces. L’incapacité à résoudre ces problèmes mine leur légitimité et érode la confiance du public envers les institutions, qui devraient les protéger et assurer leur bien-être. L’accroissement de la dette, l’accessibilité financière, le manque de ressources des services publics, les crises du logement, l’inefficacité des contrôles aux frontières ne sont que quelques-uns des facteurs qui contribuent au sentiment que les gouvernements sont dépassés et incapables de tenir leurs promesses. Le populisme, sous différentes formes, véhicule une version des faits convaincante selon laquelle les soi-disant élites agissent dans leur propre intérêt et utilisent les institutions démocratiques à leurs propres fins et au détriment des citoyens ordinaires.
Ce symposium a abordé trois enjeux distincts mais interdépendants : le populisme, la confiance et l’immigration. Les leaders populistes tentent de creuser un fossé entre la démocratie et le libéralisme, arguant que les institutions libérales empêchent les gens d’agir démocratiquement, parfois dans leur propre intérêt. Selon la dernière enquête de l’OCDE sur les déterminants de la confiance dans les institutions publiques, dans les systèmes démocratiques, le gouvernement national, le parlement national et les partis politiques sont les institutions auxquelles on fait le moins confiance après la police, les tribunaux, la fonction publique et les autorités locales.
L’immigration est peut-être le plus complexe des enjeux politiques auxquels sont confrontées les démocraties libérales. Selon la même étude de l’OCDE, un quart des répondants considère l’immigration comme l’une des trois principales préoccupations après l’inflation, la pauvreté/les inégalités et la criminalité ainsi que les services essentiels, comme les soins de santé. La population s’intéresse particulièrement à la manière dont le gouvernement gère la politique d’immigration, même si les causes sous-jacentes et les enjeux précis varient considérablement d’un pays à l’autre. Tout cela est devenu un sujet de discorde courant dans les démocraties libérales d’Amérique du Nord et d’Europe.
En résumé, le lien entre les dirigeants politiques et leurs citoyens est tendu et mis à rude épreuve. Cette situation devrait inquiéter quiconque croit aux normes, aux processus et aux institutions démocratiques libérales. La MAPI a invité des universitaires canadiens et européens à réfléchir à ces défis au moyen de panels et d’une table ronde en fin de la journée avec des spécialistes en politiques publiques.
Les panels
1-Populisme | Emily Laxer, Rémi Vivès, Eric Montigny et Jared Wesley.
Ce panel a présenté des contributions qui examinent l’offre (acteurs, partis, mouvements) et la demande (attitudes, griefs, moteurs socio-économiques ou culturels) de la mobilisation populiste, dans l’arène électorale et au-delà . Il a mis en lumière les travaux qui examinent les variantes de gauche et de droite du populisme et qui étudient leurs interactions avec des questions comme la confiance dans les institutions, la migration et la gestion de défis politiques complexes. 
2-Confiance | Andrew Dawson, Daniel Devine et Marta Kołczyńska.
Ce panel a présenté des contributions qui étudient la dynamique de la confiance politique, les dimensions politiques de la confiance sociale et leurs implications pour la résilience de la démocratie libérale.
3-Immigration | Francis Garon, Geoffrey Cameron, Willem Maas, Vincent Hildebrand and Kathryn Barber.
Ce panel a présenté des contributions sur la politique d’immigration au niveau national en se concentrant sur l’une ou plusieurs des dimensions suivantes : le défi populiste/nationaliste, le défi de la confiance envers le système et le défi de la cohérence/compétence. 
La table ronde animée par Steve Paikin a réuni des participants qui ont réfléchi au populisme, à la confiance et à l’immigration. Kathleen Wynne, ancienne première ministre de l’Ontario, et Philippe Couillard, ancien premier ministre du Québec, se sont joints à Victoria Kuketz, conseillère en politiques publiques et chercheuse de la Fondation Obama, et Allen Sutherland, président-directeur général de l’Institut sur la gouvernance. Les experts et expertes ont souligné les responsabilités des gouvernements, en particulier leurs échecs dans la gestion de ces problèmes, et ont examiné les mesures à prendre pour regagner la confiance des citoyens envers les institutions et processus démocratiques. Le panel s’est penché sur plusieurs propositions pour renforcer les démocraties libérales, notamment l’abaissement de l’âge du vote, l’obligation pour tous les citoyens de voter (comme en Australie et en Belgique) et a exploré les avantages et les inconvénients de la réforme du mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour en vigueur au Canada.    Â

